Fantaisie rurale : le territoire de Philippe, un vaste coin de paradis bucolique et sauvage

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À l’intersection de l’Ain, du Jura et de la Saône-et-Loire, le territoire de Philippe est un vaste coin de paradis bucolique et sauvage, habité par une ménagerie de gallinacés et de créations personnelles, en harmonie avec les vallons environnants.
Un article de
Franck Schmitt et Lucie Tavernier

Sur les réseaux sociaux, où il poste volontiers des instantanés de saison, il le surnomme ­affectueusement « son jardin de campagne ».
Et pour cause ! Le généreux terrain de 7000 m2, attenant à la maison familiale investie par Philippe il y a 8 ans, est cerné par plusieurs hectares qu’il a décidé de laisser en pâture à la nature et à quelques chevaux, qui s’y ébattent en liberté. Ici, entre Bourg-en-Bresse et Mâcon, le temps semble suspendu entre les collines, et file au rythme des hivers rigoureux – le mercure pouvant descendre jusqu’à moins 15 °C – et des épisodes de chaleur estivale, que les nombreuses sources de la propriété rendent tolérables pour la végétation. À condition toutefois que celle-ci soit bien choisie. 

Justement, Philippe a souhaité d’emblée s’adapter aux caractéristiques de sa parcelle argileuse et sableuse, en l’inscrivant dans le paysage local sans rupture visuelle. Inspiré par le ­Jardin Plume, en Normandie, ce passionné de fleurs à la main verte s’est attelé à structurer l’endroit, sans pour autant trop contraindre une nature omniprésente. Il a donc commencé par planter de jeunes arbres et arbustes rustiques, adaptés aux spécificités du sol et à la météo de cette terre rurale, ainsi qu’à son budget, qu’il voulait garder raisonnable dans la durée, tout en avançant sur plusieurs fronts chaque saison. La démarche est la même pour les vivaces et les graminées, qui ont évolué au fil des années en osmose avec cet environnement boisé, laissant place, çà et là, à des allées naturelles, qui n’avaient besoin que d’un coup de pouce bienveillant du maître des lieux pour se dessiner tout à fait, sans pour autant adopter une rigueur au cordeau. Ici, rien n’est très planifié ! « Je plante petit à petit, à l’inspiration, et je m’arme de patience », avoue Philippe, qui, en bon jardinier qui se respecte, apprend et se perfectionne au fur et à mesure de ses succès et de ses échecs, sans recettes toutes faites, mis à part peut-être le paillage (sauf s’il est contre-indiqué, comme au pied des rosiers) pour préserver l’humidité du sol et limiter les arrosages en été. 

Massif après massif, il continue encore aujourd’hui à planter et semer, mêlant avec brio arbres, arbustes, vivaces et annuelles. Résultat, sur cette toile de fond verdoyante, ses teintes fétiches fleurissent et s’épanouissent toute l’année : un camaïeu de roses, violets, anisés, pourpres, relevés de tons argentés et tempérés par de larges touches de blanc, dont il use et abuse volontiers. Au milieu de ce joyeux « désordre organisé » emprunté aux mixed-borders, Phillippe se plaît à insérer des plantes potagères, poirées ou poireaux, dont il ne se lasse pas d’admirer la floraison. Résolument créatif, il n’hésite jamais à sortir des sentiers battus, essaimant de-ci de-là des objets chinés, un lit en métal ancien aux confins du jardin, ou des arrosoirs en zinc au charme suranné, mais aussi des réalisations « maison » comme des totems de bouteilles en verre coloré, entre autres inventions très personnelles, ou encore des sculptures originales, signées d’artistes voisins, qui semblent avoir toujours été là. Ces mises en scène tantôt surprenantes, poétiques ou nostalgiques contribuent à donner son caractère si singulier à cet écrin de verdure. Son propriétaire l’a voulu à son image et le partage volontiers avec, outre les amis de passage, une nuée d’animaux de toutes sortes. 

Chef incontesté de la basse-cour, il règne sur près de 20 poules Pékin, cette espèce naine tout en rondeur dotée de pattes plumées, autant de canards coureurs indiens, un dindon, une poule de race barbu d’Anvers apprivoisée et quelques coqs, avec lesquels cohabitent encore un lapin, un cochon d’Inde et deux chats scrutant impassiblement tout ce remue-­ménage… Car ici, nul poulailler grillagé : les gallinacés sont laissés libres d’aller et venir, de la mare aux massifs. Un véritable coin de paradis, perdu en pleine campagne. 

Simplicité étudiée

Philippe, propriétaire et jardinier des lieux, a imaginé des associations faciles à vivre au quotidien, qui créent de jolis contrastes. Il aime particulièrement marier les fleurs anisées graphiques et découpées des fenouils aux verveines de Buenos Aires, pleines de souplesse et de poésie. 

Hôtes de marque

Le long de la petite dépendance, Philippe a installé un hôtel à insectes, fabriqué avec des boîtes de conserve remplies de brindilles, de branchages, de paille… et maintenues par de simples tiges de fer à béton. Les pollinisateurs sont bienvenus dans ce jardin planté d’une multitude de fleurs, qui compte aussi un verger et un potager.

Au bord de l’eau

Sur l’avancée d’un ponton en bois, Philippe a aménagé un espace ombragé dédié au repos, idéal pour observer la biodiversité de la mare et profiter d’une fraîcheur recherchée en été. Outre ce plan d’eau naturel, son terrain, bien loti, compte plusieurs sources. 

L’art du détournement

Sous l’auvent naturel formé par la végétation qui colonise la façade de la dépendance, un lit d’enfant chiné par le maître des lieux s’est mué en banquette dans l’air du temps grâce à de confortables coussins. Une seconde vie réussie !

Tutoyer l’horizon

Délimités par des allées tout en conservant une allure indomptée, sculptés par les arbres rustiques, les massifs fleuris, alternance de vivaces, d’annuelles et de bisannuelles, se fondent dans le paysage environnant. En été, les dahlias et les cosmos triomphent, avant de laisser la place aux asters, puis aux lupins. À droite, des créations de Philippe et de ses amis artistes marquent la frontière du jardin. 

Esprit land art

Dans un recoin laissé un peu en jachère, ce banc à la structure en métal garnie de tiges de saule ou d’osier attire instantanément le regard. Une idée plus décorative que pratique, mais qui fait son effet ! Philippe doit changer les rameaux tous les 3 à 5 ans. Un rosier haut perché se déploie petit à petit sur la treille. 

Belles ombelles

On la rencontre souvent au bord des chemins ou des champs… la carotte sauvage (Daucus carota) est une bisannuelle comestible, dont on apprécie les fleurs préparées en beignets.

Faune immobile

Un peu partout dans son jardin, au détour des allées, le propriétaire a semé de petits objets patinés par le temps, comme cette sauterelle en métal rouillé, clin d’œil à sa passion pour les animaux et la biodiversité. 

En tête

Vivace ornementale, l’échinacée pourpre (Echinacea purpurea) est une plante rustique qui peut atteindre 1 mètre de haut et se distingue par ses fleurs à grosse tête, visibles de juillet à octobre. Mellifère, elle est aussi utilisée pour combattre les méfaits du rhume. 

Rêverie champêtre

Nostalgie, quand tu nous tiens… Presque dans le champ, face aux ballots de paille, ce lit métallique ancien est un appel à la sieste en plein air, au son des insectes et des bruissements du vent dans les hautes herbes, comme dans une chambre végétale.

Jardinier chevronné

Au calme, dans la verdure ponctuée de fleurs colorées, tandis que caquettent poules et canards se coursant entre deux œuvres d’art… Philippe a trouvé les clés de son bonheur au jardin, dont il partage de beaux clichés sur son compte Instagram (@gruelphilippe). 

Au calme, dans la verdure ponctuée de fleurs colorées, tandis que caquettent poules et canards se coursant entre deux œuvres d’art… Philippe a trouvé les clés de son bonheur au jardin, dont il partage de beaux clichés sur son compte Instagram (@gruelphilippe). 

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Crédit photo :
Franck Schmitt
Article paru dans le n°
12
du magazine.

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